Quelques reflexions sur la surdite... Bienvenue aux commentaires!

Je vous offre mes réflexions autour du débat sur les propos de la Dre Audrey Lessard à propos de l’officialisation de la LSQ en tant que langue d’enseignement. Je ne désire pas prendre position mais plutôt pousser notre réflexion là-dessus. Je ne pense pas apporter grand-chose de nouveau mais cela aura au moins le mérite de remettre les idées en ordre ;-)

Je pense qu'Audrey n'avait fait que constater l'opinion de ses parents et son parcours jusqu'à maintenant. Mais émettre sa prise de position aussi ouvertement qu'elle l'a fait dans l'émission concernant l'officialisation de la LSQ est à mon avis un faux pas qui occulte le message qu'elle voulait vraiment passer : LES SOURDS SONT CAPABLES! Et c'est bien dommage...

Ayant fait un cours de psycholinguistique et comme mon mémoire touche à ce domaine, je peux confirmer ce qui a déjà été dit, à savoir qu'une première langue solide facilite l'apprentissage d'une deuxième langue et ainsi de suite. Pour avoir une langue première solide, il faut que l'enfant ait accès à des parleurs/signeurs compétents pour que la langue soit transmise correctement et qu'il passe suffisamment de temps à être exposé à cette langue. Je ne parle même pas de l'implication des parents, qui est aussi un facteur essentiel à la réussite des enfants sourds (tant gestuels qu’oralistes)...

Quand on sait que 90-92% des parents d'enfants sourds sont entendants, et que leur langue parlée est une langue orale, il est certain que l'enfant sourd n'a pas pleinement accès à la langue orale de ses parents tant et aussi longtemps qu'il n’est pas appareillé. Et encore là, même s'il est appareillé, son accès à la langue orale dépend de la qualité de ses restes auditifs… L’autre possibilité est que les parents apprennent la LSQ (d’autres choisissent le français signé, mais je n’aborderai pas ce sujet ici pour ne pas rallonger inutilement le texte).

Si des parents décident de l'élever en LSQ, il faut d'abord qu'ils l'apprennent et qu'ils la maîtrisent. Or, comme l'enfant passe bcp de temps avec ses parents durant ses premières années de vie, il apprendra la LSQ en même temps que ses parents l'apprennent, et ca ne sera pas une LSQ aussi complexe que la LSQ parlée par les Sourds. Dans le cas des régions éloignées (Côte-nord, Abitibi, Saguenay, etc), l'enfant a moins de chances de rencontrer des Sourds adultes parlant la LSQ car ils sont éloignés les uns des autres. Alors l'enfant arrive à la maternelle avec une LSQ beaucoup moins complexe et riche que celle d’un enfant de parents sourds. Cette situation oblige les enseignants à combler les lacunes, ce qui retarde et rend plus difficile l’apprentissage du francais (lu et écrit) en tant que langue seconde... J'ai trop souvent vu cela... :-( Par contre, la LSQ a l’avantage de faciliter les contacts avec un autre enfant sourd LSQ, car lorsque l’enfant sourd voit quelqu’un signer (ce qui est plus apparent qu’un malentendant qui parle), il réalise qu’il n’est pas tout seul et développe des amitiés ainsi qu’une appartenance à la communauté.

Dans le cas d'un enfant avec des prothèses/implant cochléaire et qui est appareillé tôt, il a accès à des parleurs compétents, ce qui fait qu'il a accès à une langue plus complexe et mieux maîtrisée. Il aura donc une base langagière plus solide, mais il reste qu'il aura toujours besoin d'un support en audiologie et en orthophonie pour combler les lacunes langagières dues à son accès imparfait à la langue orale. En ce qui concerne son développement socio-émotionnel, ce n’est malheureusement pas toujours rose, car il fait l’objet de moqueries de la part de ses camarades entendants…

En ce qui concerne les parents Sourds, ca va de soi qu’ils parlent en LSQ avec leurs enfants sourds! Ces enfants ont un développement idéal car ils ont accès à une langue riche, complexe et variée, tout comme les enfants entendants de parents entendants. Leur langue première sera solide et facilitera l'apprentissage d'autres langues par la suite! Ils ont également l’avantage d’avoir accès à une communauté à travers les amis des parents et les écoles/classes en LSQ, ce qui favorise un développement socio-émotionnel normal.

Ainsi, dans le contexte des régions éloignées, quel enfant a davantage de chances d'avoir une première langue solide? L'enfant qui apprend d'abord la LSQ (ce qui est plus facile s’il y a un enseignement disponible en LSQ) sans avoir souvent l'occasion de parler avec un signeur compétent en dehors de l’école ou l'enfant oraliste qui apprend le français oral en premier mais qui a beaucoup de gens qui maîtrisent bien le français oral autour de lui? La réponse n’est pas simple, car beaucoup trop de facteurs entrent en jeu. La situation est différente en ce qui concerne les grands centres, comme Québec, Montréal, Ottawa, etc. En effet, c'est plus facile de rencontrer des Sourds qui parlent bien la LSQ à travers de nombreuses activités et d'ainsi exposer l'enfant sourd à la LSQ! Il y a aussi des écoles/classes spécialisées qui permettent de baigner dans un environnement LSQ ;-) Mais il reste que l'enfant LSQ à la maison n'aura pas nécessairement accès à une LSQ bien maîtrisée par les parents entendants...

En tout cas, l'accès à l'implant cochléaire et les prothèses auditives numériques ont changé énormément le visage de la surdité, car ils améliorent la qualité de l'information sonore, ce qui facilite l'accès à la langue orale des parents, chose qui était moins possible auparavant. Ce changement est aussi marqué par une intégration massive des enfants sourds, ce qui entraîne un isolement plus grand des enfants sourds car ils sont souvent le seul enfant sourd de leur école de quartier. Ces enfants n’ont pas ou si peu de modèles qui ont une surdité comme eux, sauf pour les enfants sourds fréquentant les écoles oralistes. En effet, ces derniers peuvent avoir des amis sourds oralistes, ce qui diminue leur sentiment d’isolement social. Ce changement a également un impact sur la communauté Sourde, qui est touchée par une relève moins nombreuse qu’avant…

Ainsi, ni la LSQ ni l'intégration ne règlent pas nécessairement le problème de l'isolement. Les enfants LSQ ont davantage de chances d’avoir des amis gestuels, mais aussi de se sentir isolés à la maison faute de pouvoir communiquer facilement avec leurs parents entendants et leur famille qui ne maîtrisent pas toujours bien la LSQ... Même chose pour les enfants oralistes intégrés qui pourront converser facilement avec leur famille mais qui ont plus de chances d'être isolés à l'école car ils ne parlent pas toujours "comme les autres" ou ne comprennent pas toujours tout... Ils font l'objet de moqueries... Ainsi, peu importe l’approche ou la langue utilisée, l’enfant sourd sera toujours confronté un jour ou l’autre à l’isolement. :-(

Quoi qu'il en soit, je pense que tout le monde a besoin d'être ensemble, de retrouver des gens qui nous ressemblent... Je dirais que c'est plus cela que la LSQ m'a apporté, un sentiment d'appartenance! Je me sens comme dans une grande famille et cela me fait du bien! :-)

Je n'ai pas de réponse simple à une question aussi complexe... Les besoins de chaque enfant sourd diffèrent tellement d'un enfant à l'autre qu'on ne peut pas dire qu’une seule approche est la meilleure pour TOUS... Je voulais simplement apporter ma réflexion à ce qui se dit jusqu'à maintenant... Je vous invite à commenter sur mon texte!

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Réponses à cette discussion

Wow !
Très beau texte, nous sommes contents que vous prenez la parole pour faire entendre votre opinion ! En espérant que d'autres suivront votre exemple :)

Bon succès !
Bonjour Erick!
Merci beaucoup pour ton beau commentaire, il m'encourage a en ecrire d'autres ;-) Je trouve cela important de partager nos points de vue car c'est tellement enrichissant!

A la prochaine!

Erick Jalbert a dit :
Bonjour Rachel !

Je te dirais que j'ai rien à ajouter, ton texte est excellent, d'une belle sagesse, d'une ouverture d'esprit, de connaissance et empreint de respect. Et c'est en gros ce que je pense aussi ! Belle réflexion!
Et merci du partage ! :)
Salut Rachel,

Tout est bien de constater que tu prends le sujet de la surdité à coeur. Plus devraient en faire autant. Pour ma part, la communauté sourde passe en priorité. Je défendrai donc un certain droit de réplique.

Tout d'abord, quand tu soutiens que l'accès d'un enfant sourd qui signe passe par la LSQ des parents, je ne puis qu'acquiescer dans une certaine mesure de "gros bon sens". Toutefois, ce n'est pas un prérequis absolu. Des retards de langage peuvent être constatés. Dans la même veine, avoir des parents sourds qui signent ne comporte pas que des côtés roses. Les avantages prédominent certes, mais c'est un autre débat.

Le discours que je lis entre les lignes de ton texte consiste à céder à l'image "provincialisante" de l'enjeu. Parler en termes de grands centres et de régions éloignées du même souffle et faire abstraction de la personne sourde elle-même, c'est occulter la plus grande composante de la difficulté nationale. Réduire les difficultés du Sourd en retard de langage à un "patchage" de la part de l'éducateur qui lui fera face... je trouve que cette réalité représentée est réductrice du phénomène et des réalités possibles. Je ne nie pas que les éducateurs et les interprètes aient un impact sur le vécu et les apprentissages de la personne sourde, loin de là. Je dis tout simplement de voir au-delà.

Quand nous savons que les jeunes Sourds de l'Ontario peuvent recevoir du coaching en langue des signes lorsqu'ils éprouvent des difficultés dues aux retards de langage constatés, nous pouvons voir là l'une des nombreuses pistes de solution quant à des mesures compensatoires effectuées indépendamment des périodes de classe. Signer n'est pas sorcier. Il suffit de s'en donner la peine, et cesser de renvoyer le reflet des parlures omniprésentes. Parlures au sens d'un état de langue qui sache s'enrichir dans un patrimoine national désaintciboirisé.

Passer par la malle du bagage socio-émotionnel de la personne sourde exige de se départir de certaines oeillères. Tout d'abord, il est important de faire la distinction d'une part, de l'implantation cochléaire massive, puis de l'intégration comme concept. Induire ces deux données comme simultanées comme tu sembles le faire dans ton texte illustre bien le phénomène d'implanter en série avant de poser les questions, même impertinentes.

Désintégrer le Sourd se fait aisément au vu d'une certaine démarche de dépossession de la langue, qui aliène, qui réduit la communauté au rang de minorité folkorique et qui cède le passage aux ventriloques d'une certaine condition. À qui imputer la faute? Ce n'est sûrement pas en parlant des revers de médaille des sourds oralistes qu'on arrivera à faire concerter un consensus autour de la question de la communauté sourde et de la reconnaissance de la LSQ.

La LSQ se forme indépendamment des capacités auditives, qu'on se le dise bien franchement. Dès le moment qu'une personne éprouve de l'intérêt envers la Langue des signes québécoise, elle ne devrait être discriminée d'aucune façon. Mais elle devra comprendre qu'elle embarque dans un certain passé historique qui demeure toujours à compenser. La beauté de la langue signée, à ne pas confondre avec sa pureté, consiste à transmettre des valeurs, des principes et témoigner d'un certain vécu de la communauté.

Isoler le sourd de sa famille, de son quartier, de ses semblables comme dissemblables ne pourra se faire sans l'économie de sa condition, de l'éducation qu'il aura reçue et de l'aperçu d'une certaine communauté. C'est à nous, collectivement, de renverser la vapeur et de fournir le fardeau de la preuve comme quoi la culture sourde est une option, au même titre qu'une autre et requiert une attention particulière. Dès le moment que la communauté sourde est donnée comme concommitante d'un certain mieux-être collectif, l'Option Sourde peut se faire valoir.

Quant à ce qui me concerne, la notion de surdité est surtout donnée physique et inscrite comme tentative de récupération, sans aucune discrimination sémantique. Elle ne peut donner l'indice d'un facteur communautaire sans d'abord passer par des notions culturelles, et donc langagières. Parler d'une personne vivant avec une surdité réalise parfois l'économie d'une condition, elle ne l'accomplit cependant pas. Évoquer la disparition du sujet sourd peut peut-être assagir, elle ne donnera cependant pas la pérennité d'un certain monde.
Allo...! ;p
Pour ce qui est de ma part je suis entandant et m'interresse depuis quelque année au langage des signes, étant tres jeune deja presentement je me dit que ce serrais un bon moment d'en aprendre plus...
Premierement: ton texte est magnifique,... serieusement tu as repondu as des question que je me posais mais sans savoir ou aller chercher c'est information la,... N'ayant personne dans mon entourage qui parle le LSQ je cherche des info sur des sites web cela fait deux jour que j'ai commencer a aprendre l'alphabet mais deja d'un site a un autre l'explication est differente,... jusqua present ca va quand meme bien mais pour ce qui est des mots, cela m'aporte au deuxieme point: Vraiment pour parler avec ses main comme sa vous êtes fort, j'ai commencer a regarder les mots et serieusement je m'y perd un peut ;p
Mon troisieme point est pour savoir aussi si quelqu'un pourrais me repondre, une question que je me suis posé en m'interressant a tout sa.... esce que l'aprentissage du LSQ serrais plus facille si tout le monde entendant et mal entendant aprenais la basse dès leur plus jeune ages , tant qu'a apprendre les mots pourquoi pas les signes...Et ca c une question je me pose depuis longtemps pourquoi ne pas facilliter la vie au maximum pour tout le monde et c'est pour ca que je me donne comme mision de l'apprendre au complete et de tout faire pour que cela serve et ameliore la vie de tous meme si cela ne serrais qu'un peut.... N'esce pas l'intention qui conte par dessu tout... en tout cas faite attention a vous et je vous encourage au maximum souhaiter moi quand meme bonne chance et n'hésiter pas a m'écrire pour me donner des conseil ou autre svp merci d'avance... ;p

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