Jacques Mbo : « Travailler, c’est faire honneur aux sourds »

Le Congolais de Kinshasa, Jacques Mbo, encourage les membres de sa communauté sourde à aimer le travail. Devenu sourd à l’âge adulte, Jacques soutient que c’est son travail qui a restauré la confiance et l'estime de sa famille à son égard.

« Je ne suis pas né sourd. J’ai fréquenté toute l’école primaire et secondaire (option biologie chimie) en tant qu'entendant. C’est un accident de circulation qui a causé ma perte d’audition et m’a rendu sourd. Cette année-là, je venais de commencer ma première année d’études à l’université. » - Jacques Mbo

Ce changement brutal a perturbé bien de choses dans la vie de Monsieur Mbo, comme c’est le cas pour de nombreuses autres personnes sourdes. « L’intégration dans la communauté sourde était très difficile pour l’entendant devenu sourd que j’étais. Intégrer la communauté des sourds n’est pas facile parce que le principal problème c’est la barrière de communication », dit-il.

L’autre difficulté majeure c’est la perception de la surdité dans la société congolaise, déclare-t-il.

« C’est difficile ici au Congo. Beaucoup de familles considèrent les enfants sourds comme des sorciers. Mettre au monde un enfant sourd peut même être source de divorce. Moi-même, lorsque je suis devenu sourd, c'était difficile avec ma famille, j’étais isolé pendant 15 ans et il n’y avait plus de communication avec mes frères et sœurs. » - Jacques Mbo

Le travail valorise

Jacques Mbo occupe le poste d’encadreur responsable des sourds dans une école des sourds dans le quartier Mokali à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. Il dit ne pas avoir de remords du fait de sa surdité parce qu’il travaille. Jacques dit détester la mendicité puisque « les personnes handicapées qui mendient déshonorent leurs communautés. Travailler, c’est faire honneur aux sourds. »

« Avant c’était pénible de vivre avec ma famille, mais pour le moment tout est rentré dans l’ordre. Il y a même d’autres membres de ma famille qui sollicitent mon assistance. Ils ont compris que les sourds sont des personnes valeureuses. » - Jacques Mbo

Il soutient qu’un sourd qui a de l’expérience dans un secteur donné et qui est rémunéré n’est pas un poids pour sa famille ni pour son pays. « Si vous avez de l’expérience c’est possible. Aujourd’hui, il y a des sourds pasteurs, des enseignants sourds et même des sourds qui font de la politique. Il ne faut pas avoir peur de se former ni de travailler car la peur ne nourrit pas la personne mais c’est plutôt son courage qui la rend autonome », explique-t-il.

Jacques Mbo espère que les sourds trouveront leur part au sein du nouveau secrétariat général des personnes handicapées qu’il considère comme une institution importante pour la socialisation des personnes sourdes.

Engagement associatif

À côté de son principal travail, Jacques Mbo est membre du conseil d’administration de l’Association Nationale des Sourds du Congo. À travers son engagement associatif, Jacques Mbo dit défendre les droits des sourds. « J’ai collaboré avec beaucoup d’autres associations. En tant qu’intellectuel, on doit encourager le développement des sourds », ajoute-t-il.

« Il arrive par exemple qu’après le décès du papa, les héritiers entendants vendent la maison sans rien donner à l’enfant sourd et nous, dans l’association, on cherche un avocat pour traduire la famille en justice afin que le sourd soit rétabli dans ses droits. » - Jacques Mbo.

M. Mbo est aussi membre d’honneur de l’Association des Sourds de Kinshasa après y avoir fait un mandat de 12 ans en tant que secrétaire général.

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