Jeunes malentendants: un camp qui brise l’isolement

« Quand ils sont ici, ils ont un sentiment d’appartenance, ils brisent l’isolement, ils développent leur autonomie. » Le Camping vacances Bromont reçoit année après année un camp pour jeunes malentendants. La coordonnatrice Marie-Pierre Petit a rencontré La Voix de l’Est juste avant que les enfants aient le plaisir fou de participer à des olympiades et de peindre la voiture d’une monitrice. Avec de la peinture lavable, précisons.

Mme Petit, Clown de son nom de camp, s’exprime dans la langue des signes. L’interprète Fanny Dubé s’est chargée de la traduction durant l’entretien.

Depuis quatre ans, le camp de l’Association du Québec pour enfants avec problèmes auditifs (AQEPA) prend place à Bromont pendant un mois. Le nombre de semaines passées sur place dépend de chaque famille, mais une limite de douze jeunes âgés de 7 à 14 ans est imposée pour assurer un bon ratio entre les enfants et les moniteurs.

Ce camp de vacances permet aux jeunes sourds de se retrouver avec des enfants qui s’expriment, comme eux, en langue des signes du Québec (LSQ).

« On accueille aussi la fratrie, même s’ils sont entendants, souligne Mme Petit. Les enfants entendants de parents sourds sont aussi les bienvenus. Aussi, les enfants malentendants qui ne connaissent pas les signes peuvent venir au camp. C’est vraiment ouvert à plusieurs personnes. »

Les enfants sourds qui ne connaissent pas la LSQ en apprennent les bases durant la semaine et repartent avec le goût d’en apprendre plus.

Sentiment de communauté

Le moniteur Étienne, connu chez les enfants sous le nom de Porc-épic, est malentendant et n’a appris la langue des signes qu’à 19 ans, lorsqu’il a rencontré pour la première fois une autre personne sourde. Jeune, malgré sa surdité, il a appris à parler le français, comme ses parents, et porte un appareil qui lui permet d’entendre. Un camp comme celui-ci lui aurait permis de vivre une enfance quelque peu différente.

« Je n’avais pas de modèle, raconte-t-il. Mes parents sont entendants et j’ai grandi avec des enfants entendants. Quand j’ai connu l’AQEPA, ça m’a vraiment frappé. C’est pour ça que je suis devenu moniteur. »

Étienne est moniteur depuis trois ans au camp. Lorsqu’il a rencontré l’auteure de ces lignes, il était accompagné d’un chien éduqué à Toronto qui l’aide à entendre les sonneries, l’avertisseur de fumée, ou même à trouver la personne qui a appelé son nom. Tous deux sont bien à l’aise à travers ces jeunes pleins d’entrain.

« On n’est pas beaucoup de sourds. Il y en a un par-ci, par-là. Quand les enfants sourds passent leur été avec leurs parents, c’est rare qu’ils aient l’occasion de se réunir et d’avoir une petite communauté. Le camp, c’est une situation unique où on peut réunir de jeunes sourds. »

En plus de briser l’isolement social, ce camp leur permet de construire leur confiance en soi, ajoute-t-il.

Autonomie

En plus de se réunir et de s’amuser, les enfants apprennent. « On voit une belle différence entre l’arrivée et le départ, remarque Marie-Pierre Petit. Il y a des tâches, comme la vaisselle, le rangement dans les tentes puisque c’est important de garder la propreté des lieux. C’est la responsabilité des enfants de prendre soin de leurs choses. Ils développent leur autonomie. »

Tout est bien organisé. Les repas sont préparés dans la tente-roulotte. Un grand évier est rempli d’eau pour que chaque enfant lave sa vaisselle. Celle-ci est numérotée pour permettre de retrouver l’enfant qui a oublié cette tâche.

Puis, la journée est remplie d’activités et de jeux.

Trois grandes tentes permettent d’accueillir les filles et les garçons séparément. Lorsque les enfants sont au lit, les moniteurs planifient la journée du lendemain.

« C’est relax »

Jade, 11 ans, et Magella, 9 ans, préfèrent le camp de l’AQEPA aux camps pour enfants entendants. Les deux jeunes filles, qui sont cousines, n’ont pas de problème d’audition. « Je préfère être ici avec les sourds parce qu’au camp des entendants, c’est plate. Je trouve qu’aux camps d’entendants, il y a plus de choses à faire qu’ici. Ici, c’est relax », raconte Magella, née de deux parents sourds profonds.

Décidément, elle préfère prendre le temps de profiter de la vie que d’avoir des journées trop occupées. Elle participe au camp pour la deuxième fois et, cet été, elle y est pour deux semaines.

Quant à Jade, elle aime beaucoup ce camp pour y retrouver ses amis. Sa sœur et ses parents sont malentendants.

« Il y a beaucoup d’activités. On fait beaucoup de sports, on bouge beaucoup, raconte pour sa part Erika, la sœur cadette de Jade. J’aime ça qu’on puisse se promener. »

Malgré certaines différences d’âge, les enfants semblent s’entendre à merveille.

En plus du camp, l’organisme offre de l’aide aux devoirs, de la stimulation par le jeu et des activités familiales mensuelles, pour ne nommer que ces services.

Un bébé sur 1000 nait avec une surdité. Avec la surdité acquise, cette statistique grimpe à 5 ou 6 enfants sur 1000 qui vivent avec un problème d’audition. De plus, 90 % des enfants sourds naissent de parents entendants.

UN COMBAT DE LONGUE DATE

La communauté de personnes malentendantes a sa part de combats à mener.

Celui qui dure depuis de nombreuses années est la reconnaissance des langues signées comme langues officielles.

Chaque pays a ses propres particularités en langue signée. La LSQ a ses québécismes, par exemple.

Cette reconnaissance permettrait aux personnes sourdes d’avoir accès à des services plus facilement. C’est notamment le cas pour le service d’interprète pour des funérailles, qui n’est pas couvert malgré leur handicap auditif. Pour la mort d’un proche, ils doivent payer à fort prix les services d’un interprète, à raison de 55 $ l’heure à Montréal, explique Marie-Josée Richard, directrice générale de l’AQEPA.

Une telle reconnaissance permettrait aussi de proposer les langues signées comme langues d’enseignements et de créer des écoles en langue des signes. En ce moment, mis à part dans deux écoles de Montréal, les enfants sourds reçoivent leurs cours dans les classes normales ou des classes spécialisées avec des enfants qui ont d’autres limitations.

« Cela représenterait une meilleure visibilité de la surdité et permettrait aux sourds d’accéder au marché de l’emploi grâce à des programmes réellement inclusifs, ajoute Mme Richard. Et aussi de redorer la profession d’interprète, donc en recruter plus, car il y a un manque criant d’interprètes. »

Parallèlement, une reconnaissance de la langue des signes offrirait la possibilité d’encadrer la profession d’interprète avec des certifications et des cours plus complets.

Les avantages de reconnaître la langue des signes sont nombreux et le combat dur depuis des années. Beaucoup de travail reste à faire, mais la Loi canadienne sur l’accessibilité (loi C-81), adoptée récemment, est un pas dans la bonne direction, évoque la directrice générale. « Elle représente une belle victoire. Cependant, les langues signées n’ont pas été reconnues comme langues officielles, mais plutôt comme les langues les plus utilisées par la communauté sourde. Nous sommes super heureux, mais le combat n’est pas terminé ! »

Un autre combat est mené par Marie-Pierre Petit, qui travaille pour l’AQEPA, mais personnifie aussi un clown sourd dans une pièce de théâtre pour enfants, Sourd comme ça.

Elle joue avec une autre personne qui vit avec de la surdité, comme elle. Dans un bureau de médecin, lui aussi un clown, ils montrent avec humour toutes les embûches que doivent affronter les personnes malentendantes. « C’est vraiment pour montrer comment approcher une personne sourde et faire de la sensibilisation, explique-t-elle par la voix de son interprète. Par exemple, il faut garder le contact visuel. Je suis capable de lire sur les lèvres, mais il faut parler doucement et être face à moi. »

Elle présente la pièce dans les écoles et les bibliothèques.

Par : Cynthia Laflamme

Source : La voix de l'Est

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