Quand Semens décide de sortir de son silence

Quand Semens décide de sortir de son silence

Les habitants du village se sont recueillis devant la stèle dressée à la mémoire de Jean Massieu.

Les gens heureux n’ont pas d’histoire. Et c’est vrai qu’à Semens, les occasions sont rares de créer l’événement dans ce village des coteaux macariens, où alternent vignes et forêts dans le paysage. Ici, l’on se plaît à rappeler que le point culminant de la commune se situe au dessus du sommet de la Dune du Pyla. Mais à part ça…

C’était sans compter sur une récente découverte, qui a permis à un historien local de retrouver trace d’un illustre enfant du pays, Jean Massieu. « Oh, bien sûr, il ne s’agit pas du retour des cendres de Napoléon, mais souvenons-nous qu’un 2 septembre 1772 est né ici un enfant sourd et muet, issu d’une famille de laboureurs vignerons et devenu célèbre dans le monde entier », rapporte Jean-Paul Collard, président du très respectable Centre aquitain de promotion sociale des adultes sourds, qui rend un hommage tout particulier à celui qui est devenu le premier répétiteur sourd en France à l’âge de 19 ans, dans une école à Bordeaux.

En pleine tourmente révolutionnaire, formé par de célèbres éducateurs et instituteurs pour sourds et muets, comme l’abbé Sicard et Saint-Sernin, il fera carrière dans l’enseignement à Paris, puis à Londres où il croisera Thomas Gallaudet, prêtre épiscopalien américain. Jean Massieu crééra lui-même une école de sourds et muets à Lille, où il est décédé en 1846.

243 ans plus tard, jour pour jour, la commune de Semens vient d’inaugurer une stèle à la mémoire du « Petit Prince », sourd et muet dont on vient de retrouver la planète originale. On doit beaucoup au travail de recherche réalisé par Jean-Paul Collard, proche citoyen résidant à Omet, enseignant à la retraite, il a lui-même été professeur dans une classe de sourds et par-dessus tout passionné d’histoire.

Une cuvée spéciale

Daniel Lartigau, le maire le concède lui-même, « lorsque j’ai reçu pour la première fois Jean-Paul Collard pour venir me parler de Jean Massieu, je n’ai pas hésité une seule seconde pour lui donner carte blanche ». Semens va vivre l’année Jean Massieu, qui sera marquée par une succession de causeries ou « caquetoirs », expositions et éditions. Ici, en terre viticole, on prévoit même de sortir des chais, une cuvée spéciale Jean Massieu. À travers la reconnaissance de cet homme, on rétablit une rétrospective sur les 250 années qui ont permis la prise en considération des sourds et leur intégration dans la société.

Une stèle du souvenir

Au cours d’une cérémonie simple, en présence du maire, de la députée Martine Faure, du conseiller départemental Guy Moreno, de l’abbé Jérôme Grondona, des habitants du village et même des descendants de la famille Massieu, deux jeunes étudiantes au lycée Agir de Langon sont là pour interpréter dans le language des signes, la chanson extraite du film « La famille Bélier ». L’émotion est palpable parmi le public.

Suit l’inauguration d’une stèle à la mémoire de l’enfant du pays. Fixé sur un socle en pierre, un triangle noir, scellé pointe en haut, il représente Dieu et c’est un symbole franc-maçon.Jean Massieu est à l’intérieur, des deux côtés, tourné vers le passé et l’avenir, reliant les deux mondes. Celui des sourds et des entendants. Semens est sorti de son silence.

Voir aussi:

-L'année Jean MASSIEU

-Journée Mondiale des Sourds

-Heures du conte - BIbliothèque Le Prévost

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