Enfant de parents sourds, je suis devenue interprète en langue des signes - madmoizelle

Les parents de Sophie sont sourds de naissance, elle utilise donc la langue des signes depuis sa petite enfance. Après des années à aider ses parents à communiquer, elle est devenue interprète en langue des signes.

Sophie vient de Compiègne en Picardie, elle a 26 ans, et son métier l’a choisie bien avant qu’elle même ne le choisisse !

Être la fille de parents sourds de naissance

Interprète en langue des signes, Sophie l’est par nécessité depuis sa tendre enfance. Maintenant qu’elle est grande, elle en a fait son métier, et elle te raconte son quotidien loin d’être de tout repos !

Avant d’attaquer sur ton travail, est-ce que tu as une passion ou un kif dans la vie ?

Je suis une touche à tout ! J’aime découvrir, voyager, discuter avec les gens surtout. J’aime également les séries et films et lire des articles sur tout et n’importe quoi !

Et ton job alors, c’est quoi ?

Je suis interprète en langue des signes.

Comment tu l’expliquerais à ta petite sœur hypothétique en quelques mots ?

En gros, je traduis du Français vers la Langue des Signes française (LSF), et vice versa.

Contrairement aux langues vocales, je n’ai pas de spécialisation, je traduis aussi bien des rendez-vous chez le médecin, que des réunions, des conférences, des mariages, enterrements et autres.

S’il y a communication, il y a interprétation !

Pourquoi tu aimes ce que tu fais ? Et pourquoi tu as choisi de faire ce travail ?

Je suis ce qu’on appelle une CODA (child of deaf adults), une enfant de parents sourds. Mes parents sont sourds de naissance, mais pas que, j’ai aussi des tantes, oncles, cousins… Qui sont touchés par ce handicap.

J’ai donc appris la LSF toute petite, et en parallèle j’ai appris le Français à la crèche. Quand mes parents avaient besoin de communiquer sur un thème un peu compliqué, ils me demandaient de traduire pour eux, et j’adorais ça !

Je me sentais utile et j’aimais jouer avec les mots. Je passais de classe en classe et l’idée d’être interprète était toujours là.

Arrivée au Bac, j’ai su qu’il fallait que je fasse une Licence puis un Master, une grande aventure pour moi car personne dans ma famille n’avait eu le Bac, et encore moins accès aux longues études.

Cela a été le parcours du combattant pour moi mais j’y suis arrivée, j’ai obtenu mon diplôme et travaille maintenant comme interprète FR/LSF depuis 3 ans.

C’est un travail passionnant qui me permet de toucher à tout ! Le matin, je peux avoir un rendez-vous chez le médecin, l’après-midi au tribunal, et finir par un rendez-vous sur les chantiers. Je dois forcément avoir des tenues de rechange et « me fondre dans la masse », c’est-à-dire être habillée en adéquation avec le lieu où je suis.

Les thématiques sont diverses, je dois sans cesse me renseigner et réviser la veille pour acquérir le vocabulaire, les noms des personnes, le lieu, le contexte, etc.

J’ai choisi ce métier car j’aime travailler les langues, c’est comme un jeu de LEGO pour moi, je joue avec les mots, je les empile et cela donne une forme, un sens au discours.

Mais aussi car c’est un métier où je n’ai pas de routine, je travaille parfois à l’extérieur, parfois dans les bureaux… Et je découvre les « coulisses » de chaque métier, j’adore !

Devenir interprète en langue des signes : mon parcours d’études

Est-ce que tu as dû arbitrer entre deux visions du travail, « liberté, je fais ce qu’il me plaît et tant pis pour la précarité » VS « sécurité, je préfère m’assurer un salaire stable même si ce n’est pas le job de mes rêves » ?

Etant interprète d’une langue dite « du monde du handicap », le salaire n’est pas le même que ceux des langues vocales. Mais je préfère laaaaargement avoir un boulot intéressant et moins bien payé que de jouer la sécurité en ayant un taff qui me passionne moins.

Mais c’est vrai que sur le terrain, on ne voit pas les choses de la même façon que quand on est étudiante… Le salaire ne me permettait pas de voyager ou de profiter de bons petits resto.

Puis, j’ai découvert la visio-interprétation : je travaille à partir d’un ordi avec une webcam, j’attends les appels et réponds en visio.

Ici, le salaire est plus intéressant. Donc j’essaie d’allier les deux pour toucher à tout et sortir de chez moi, mais également avoir un salaire plus confortable !

C’est le fruit d’un parcours longuement réfléchi ou du hasard ?

Un peu des deux finalement. Le hasard car si mes parents n’étaient pas sourds, je n’aurais jamais connu cette langue et je n’aurais jamais pensé à faire ce métier.

Réfléchi car j’ai su quelles étaient les études à effectuer pour faire ce métier, et cela m’a fait peur : Bac, Licence, concours d’entrée, Master, stages… Déjà, je ne savais pas trop ce qu’était le Bac, alors la suite était très floue pour moi.

Je n’ai jamais été réellement douée à l’école, j’avais 10 ou 11/20 et j’étais déjà très contente de moi ! Et finalement, d’année en année, je passais les classes et je me suis retrouvée en Licence. La fac m’a plu, j’étais déjà mature à l’époque et les conditions de vie en tant qu’étudiante me plaisaient beaucoup.

J’ai eu peur d’échouer, ne pas réussir le concours d’entrée car je me comparais aux autres, et je ne me trouvais pas exceptionnelle. Cette réussite m’a confortée dans ce que je suis : je suis exceptionnelle (merci madmoiZelle).

Qu’est-ce que tu as eu comme formation ?

Bac ES, Licence Humanités et Sciences du langage (L1 et L2), Licence Science du langage (L3), Master Interprétation FR/LSF.

Interprète en langue des signes : un métier de partage

Est-ce que tu as une journée type ?

Je ne commence jamais à la même heure, jamais au même endroit, jamais avec les mêmes personnes et ce n’est jamais la même problématique.

En ce moment, je traduis des cours à la fac (Physique Chimie et Droit), j’ai des rendez-vous en justice, et je fais quelques après-midi en comptabilité et formation aide-soignante.

Ton petit bonheur qui fait que tu kiffes ton boulot ?

Quand j’ai une phrase ou une expression pas simple à traduire et que je réussi, ou encore quand il y a une blague et que j’arrive à le faire passer et que la personne sourde rigole, c’est le bingo !

Mais c’est surtout la reconnaissance de mon travail. Quand le locuteur ou la personne me dit : « wow j’ai cru que c’était elle qui parlait ! », alors là, j’ai tout gagné et je kiffe !

La qualité indispensable pour s’épanouir dans ce job ?

Il faut être sociable, avenante et ne pas avoir honte quand on ne sait pas ou quand on n’a pas compris. C’est là qu’on reconnaît une bonne traductrice/interprète.

La qualité à avoir est de savoir manier les deux langues également.

Et pour finir, en commençant, tu gagnais combien ? (parce que c’est important de savoir à quoi s’attendre !)

J’étais à 1 300 euros net. (Nous sommes sous la convention 66 des éducateurs spécialisés.) Maintenant que je travaille aussi en visio-interprétation, je suis à 1 700 !

Source : madmoizelle

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