Les interprètes pour malentendants à l'avant-plan pendant la crise - Radio-Canada

Karine P. Bouliane, interprète langue des signes - PHOTO : GRACIEUSETÉ

Vous avez probablement remarqué, lors du point de presse quotidien du gouvernement du Québec, des interprètes traduire en langage des signes les propos du premier ministre, de la ministre McCann ou du Dr Arruda. Parmi eux se retrouve une Rouynorandienne d'origine, Karine P. Bouliane.

Elle n'aurait jamais cru, lorsqu'elle a choisi d'exercer ce métier, se retrouver à la télévision nationale deux fois par semaine. Quand on est interprète français - langue des signes québécoise, habituellement, on est un peu dans l'ombre, on ne cherche pas à être devant, mais bien derrière! C'est nouveau pour nous, mais c'est très bien, parce que ça permet aux personnes sourdes d'avoir accès à cette information très importante, confie-t-elle.

Karine P. Bouliane ne se destinait pas à être interprète à sa sortie des bancs d'école. J'ai été comédienne pendant 10 ans, raconte-t-elle. J'avais une compagnie de théâtre et je faisais beaucoup de théâtre physique, beaucoup de mime, tout ça. Je trouvais quand même que pour la stabilité financière, c'était difficile, c'était très stressant, alors je me cherchais un autre métier, mais un métier où je pourrais utiliser mon corps pour pouvoir communiquer et qui me ferait penser au théâtre.

La profession était donc toute désignée pour elle. Dans le fond, on prend le rôle de la personne qui entend, ensuite on prend le rôle de la personne sourde, et il faut vraiment transmettre aussi les émotions, la nuance dans le ton de voix. Comme Dr Arruda, par exemple, qui est très coloré, on ne va pas signer ça de la même façon que le premier ministre, qui est beaucoup plus calme quand il parle, souligne-t-elle.

La langue des signes québécoise, différente de celles utilisées dans d'autres pays et même au Canada, possède sa propre grammaire. Elle a une grammaire et une structure, qui est faite à partir justement de comment on se place dans l'espace, comment nos mains vont se positionner, la configuration des doigts, mais aussi par rapport à nos expressions du visage, donc il y a beaucoup de ça qui fait qu'on va réussir à passer l'émotion à travers ce qu'on signe, explique Mme P. Bouliane.

Il aura fallu une crise comme celle de la COVID-19 pour que les interprètes en langue des signes soient finalement mis de l'avant au Québec. Au Québec, on accuse un retard pour cette profession-là. Les États-Unis et la France sont vraiment plus en avance que nous. Par contre, cette période-ci qui est difficile permet vraiment de mettre notre profession en avant-plan, donc c'est intéressant. Auparavant, c'était surtout les enfants de parents sourds, les enfants qui entendaient, qui agissaient comme interprète pour leurs propres parents ou des membres de la famille, fait-elle valoir.

Heureusement, la profession a évolué depuis et permet aux personnes sourdes d'accéder à de meilleurs services. Il y a plusieurs sourds dans la vingtaine, la trentaine, qui ont accès à des études supérieures et qui utilisent les services d'un interprète dans les cours à l'université, pour avoir un diplôme et tout ça, remarque-t-elle.

La lutte des personnes sourdes pour avoir accès à de tels services a duré plusieurs années, selon l'interprète. Ç'a été une grande lutte, ils ont fait plusieurs demandes au gouvernement pendant plusieurs années. De plus en plus, c'est un service. Ça fait partie de leurs droits d'avoir un interprète. C'est de plus en plus connu et là, ça va l'être encore plus, croit-elle.

Même les réseaux sociaux ont remarqué le travail de Karine P. Bouliane, qui a signé le geste de tousser dans son coude pendant que le premier ministre Legault toussait. Le blogue Petit Petit Gamin en a même fait une publication.

Elle souligne que même imiter les gestes physiques du premier ministre fait partie de son travail. On remplace les oreilles des personnes sourdes, dit-elle. Si je n'avais pas interprété que le premier ministre toussait dans son coude - j'ai toussé dans mon coude parce qu'il toussait dans son coude, mais on l'entendait tousser. Si je n'avais pas fait ça et que deux minutes plus tard, Dr Arruda avait dit “tout à l'heure quand le premier ministre a toussé”, les personnes sourdes n'auraient pas eu la référence. Donc on interprète vraiment tout ce qu'on entend. Ça peut donner des situations un peu risibles, qui font rire, un peu, mais oui c'est important de vraiment transmettre toute cette information-là.

À l'image du Dr Arruda, ces interprètes pourraient-ils devenir des vedettes de la crise? Je ne sais pas si on est rendu là! Mais on prend ça avec une grande responsabilité ce qu'on fait présentement, parce qu'on sait qu'il faut transmettre ça aux personnes sourdes, mais il faut aussi que ce soit adapté, parce qu'il y a différents degrés de personnes sourdes, alors il faut vraiment adapter ça pour que ce soit accessible pour la plus grande majorité, soutient-elle.

Source : Radio-Canada

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